Embarcation patrimoniale

Embarcation patrimoniale Surveyor

Projet de l’ACH/SC d’une embarcation hydrographique patrimoniale

par Andrew E. Leyzack

Introduction

Le début des années 1990 marque un certain nombre d’anniversaires significatifs dans l’histoire du Canada. L’année 1991 a été le 200e anniversaire de l’établissement du Haut-Canada, qui est devenu l’Ontario plus tard. L’année 1992 marque le 125e anniversaire de la Confédération canadienne et 1993 sera le 200e anniversaire de la fondation d’York, maintenant Toronto. La Section centrale de l’Association canadienne d’hydrographique (ACH / SC) a jugé approprié de reconnaître cet événement historique en construisant une réplique du bateau utilisé par Joseph Bouchette pour mener le premier levé hydrographique dans le port de Toronto en 1792. Le levé de Bouchette est reconnu comme l’un des principaux fondements du développement du port de Toronto et de la ville elle-même.

Le concept d’une embarcation patrimoniale a été présenté pour la première fois aux membres de la Section centrale de l’ACH lors de l’assemblée générale annuelle en décembre 1990 M. Ian Morgan dans l’espoir que la Section irait de l’avant dans cette entreprise inédite et utile. Un comité ad hoc a été formé sous la direction de M. Jim Berry pour vérifier l’authenticité et la faisabilité du projet proposé. Le projet a été approuvé en octobre 1991 suite aux conclusions positives du rapport déposé.

Le projet

La construction de l’embarcation s’étendra de mars à octobre 1992 devant le public au Toronto Harbourfront à partir du mois de mai. Des textes et des graphiques interprétatifs jouxtent le chantier qui est au grand air. Ce projet fait partie intégrante du programme d’été du Harbourfront qui comprend des événements tels que le défilé Tall Ships, la fête des enfants, la fête du Canada et la Journée de la garde côtière. L’exposition est organisée par des membres bénévoles de l’ACH et des associés qui répondent aux questions du public sur la construction de bateaux patrimoniaux et l’hydrographie. Un certain nombre d’entre eux sont engagés dans la construction de l’embarcation sous la direction de notre consultant, M. Ian Morgan. On s’attendait à ce que le Harbourfront puisse voir jusqu’à 100 000 visiteurs durant été.

Le point culminant de l’été 1993 a été la reconstitution du sondage de Bouchette au port de Toronto avec des costumes d’époque et des répliques des instruments hydrographiques. La reconstitution en mai et juin a démontré les techniques hydrographiques et la navigation maritime du 18e siècle. L’embarcation a été exposée ensuite à la conférence CHS / CISM à l’hôtel Royal York de Toronto et aux célébrations du Simcoe Day parrainées par le Conseil historique de Toronto au Musée maritime, à l’exposition de Fort York et au salon nautique de Toronto. L’intention de la Section centrale de l’ACH était de transférer vers la fin de 1993 la propriété de l’embarcation à une institution ou une agence qui favorisera et maintiendra l’état de l’embarcation destinée à l’éducation du grand public.

Un peu d’histoire

Joseph Bouchette est né le 14 mai 1774 à Québec, il est la deuxième génération et le fils aîné de Jean-Baptiste Bouchette et Marie Angelique Duhamel. On ne sait rien sur son éducation, mais on pense que Joseph a peut-être pris des leçons d’un tuteur d’anglais ou de sa mère. De telles pratiques n’étaient pas courantes à l’époque coloniale. L’apprentissage de Bouchette à bord d’un navire est aussi plausible surtout que son père était un agent de la mer distingué(1) expliquerait sa préparation pour la profession d’arpenteur et le choix d’une carrière militaire.

La première mention de la participation de Bouchette en arpentage provient d’un de ses résumés en 1817. Il déclare avoir aidé l’arpenteur adjoint William Chewitt dans des levés dans la région de Montréal en 1788 et de Vaudreuil à Long Sault en 1789. Le nom de Bouchette apparaît sur la liste des employés de son oncle, Samuel Holland, l’arpenteur général du Québec en mars 1790. C’est ici, en tant que dessinateur adjoint, redessinant les levés de la province, il aurait débuté son éducation formelle à l’arpentage. Un an plus tard, le 25 mars 1791, Bouchette s’est qualifiée comme arpenteur adjoint mais a choisi de ne pas poursuivre son emploi dans le cabinet de l’arpenteur général pour s’enrôler dans la marine provinciale(2). La même année, Joseph Bouchette a navigué à Toronto pour servir à bord du vaisseau amiral de son père, l’Onondaga.

À cette époque, l’afflux massif de Loyalistes de l’Empire-Uni cherchant des terres sous la couronne après la Révolution américaine a démontré la nécessité d’un lotissement plus ordonné du Canada. Le 26 décembre 1791, la loi constitutionnelle(3) divisant la province de Québec en Haut et Bas Canada est entrée en vigueur. La nouvelle province du Haut-Canada, aujourd’hui l’Ontario, avait une législature analogue à celle de la Grande-Bretagne. Le colonel John Graves Simcoe, premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, a été chargé d’établir une capitale et l’administration des subventions foncières dans la province. Simcoe a proposé la création de trois nouveaux établissements – Long Point, Toronto et Londres et l’établissement de la capitale dans le sud-ouest de la province. Newark (Niagara-on-the-Lake) et Kingston étant trop près de la frontière américaine pour la sécurité des lieux et des établissements militaires, il choisit Toronto pour commander les forces navales du lac Ontario. Il a écrit au major-général Alured Clarke, lieutenant-gouverneur du Québec et gouverneur en chef en exercice:

“Je l’ai trouvé [Toronto] le lieu la plus favorable pour un arsenal sur tout le territoire de cette province. La langue de sable formant son entrée est capable d’être fortifié avec une artillerie lourde pour empêcher tout navire d’entrer dans le port ou d’y rester.”(4)

Curieusement, le gouverneur en chef, Lord Dorchester, dont Clarke était l’intérimaire ne partageait pas les idéaux de Simcoe pour une capitale, ni un arsenal, mais souhaitait que Toronto soit la future capitale tout en maintenant Kingston comme base navale principale du lac. En prévision du transfert de la capitale temporaire de la province, Simcoe a demandé un levé hydrographique du port de Toronto. D’après une liste d’experts adjoints dûment nommés par l’arpenteur général, Simcoe a demandé à Joseph Bouchette, âgé de dix-huit ans, de mener le levé.

Bouchette a complété le levé en novembre 1792 pour une somme de 15 livres, 16 shillings et 8 pences. Ses «remarques» accompagnant la carte incluent une description et des indications de navigation dans le port. Sa description se lit comme suit:

“Le port de Toronto est très sûr pour la navigation. La profondeur minimale à l’entrée est de deux brasses et demie. Il est abrité de tous les vents, sauf le SO soufflant directement dans le port, mais cela n’emporte pas beaucoup de mer, ledit port étant parfaitement fermé par la barre.”(4)

Bien qu’il soit antérieur à la création du bureau hydrographique de l’Amirauté britannique(6), la carte de Bouchette contient de nombreux symboles et conventions adoptées par l’Organisation hydrographique internationale comme norme pour les cartes hydrographiques modernes. Par exemple, la barre de sable est délimitée par une teinte de chamois et ses symboles délimitant les marais, les roches et les ancrages appropriés sont compatibles avec les normes actuelles. Il ajoute les entités importantes observées pouvant servir au positionnement pendant l’approche du port. Ces entités incluent le relief du littoral, la maison Saint-Jean (maison de Jean-Baptiste Rousseau), la maison du forgeron, dans ses instructions nautiques, le Fort de Toronto (mieux sous le nom de Ruines du Fort Rouille français) et une cabane indienne, peut-être la résidence des amérindiens décrite dans les mémoires suivantes de Bouchette:

“Je me rappelle fort bien l’aspect sauvage du paysage quand je suis entré dans le beau bassin qui est devenu le théâtre de mes premières opérations hydrographiques. Des forêts denses intouchées bordant la rive du lac et reflétant leurs images inversées sur sa surface vitreuse. Le sauvage errant avait construit sa hutte éphémère sous leur feuillage luxuriant: le groupe était composé de deux familles Messassagas [sic], la baie et les marais avoisinants étaient des lieux jusqu’alors occupés seulement par de nombreux oiseaux sauvages: ils étaient si abondants que, dans une certaine mesure, ils nous importunaient pendant la nuit. “(7)

Le colonel John Graves Simcoe et sa famille sont arrivés à Toronto à bord de la goélette Mississaga aux petites heures du 30 juillet 1793. Jean-Baptiste Rousseau, connu aussi sous le nom de St. John, un commerçant français de fourrure dont la maison est montrée à l’embouchure de la rivière Humber sur la carte de Bouchette, est au rendez-vous avec les Simcoes pour piloter leur navire dans le port(8). Le régiment de Simcoe, les Rangers de la Reine avaient déjà commencé à dégager une zone pour un camp près du côté ouest de l’embouchure de la rivière Don. La première propriété de Simcoe était une grande tente autrefois utilisée dans les expéditions du capitaine James Cook dans le Pacifique Sud. Le 24 août 1793, les goélettes Mississaga et Onondaga ont tiré une salve de 21 coups, le gouverneur Simcoe a officiellement changé le nom de Toronto à York pour commémorer la récente victoire du duc de York sur les Français en Hollande. Beaucoup d’habitants mécontents ont continué d’appeler le lieu Toronto bien que le tout était conforme à la politique de Simcoe de remplacer les noms de lieux indiens par l’anglais. Indépendamment de son nom, c’était la fondation officielle de la ville qui s’appelle aujourd’hui Toronto. Satisfait du travail de Bouchette, le colonel Simcoe a inclus la recommandation suivante dans une lettre adressée au gouverneur en chef intérimaire Clarke:

«Je prie d’une manière particulière de recommander la protection de Votre Excellence et les faveurs futures sur le fils de capitaine [Jean Baptiste] Bouchette. Il est maintenant dans l’un des Gun Boats [goélettes armées] et en l’employant dans les levés des côtes et des ports, je propose de le rendre un serviteur très utile à la Couronne dans cette tâche du devoir naval, le pilotage, si essentiel à la navigation des lacs … “(9)

Cartes précurseurs

Bien que son plan de Toronto ait été le premier sondage hydrographique du port de Toronto visant à produire une carte marine, ce schéma n’aurait pas été complet sans l’apport des cartes et des plans représentant Toronto ayant précédé le travail de Joseph Bouchette. Le village Seneca de Teiaiagon et ce qui semble être l’île de Toronto sont représentés sur la carte de Claude Bernou de 1680. Teiaiagon ou “Teyeyagon” tel qu’il apparaît sur la carte était situé à l’intérieur du lac Ontario sur le côté est de la rivière Humber et a été le point de départ du passage de la Toronto Carrying Place, un portage bien parcouru au “Lac De Taronto”, maintenant appelé Lake Simcoe.

Près de la fin du régime français en 1757, l’officier de marine Pierre Boucher de Labroquerie a produit une vue du sud du lac Ontario. La carte de Labroquerie représente le fort français à Toronto (Fort Rouille), la «pres ille de Toronto» (presqu’île de Toronto) et la «R. De Toronto» (rivière Humber). La carte comprend un cartouche à plus grande échelle avec des sondages à l’embouchure de la rivière Niagara et des croquis de navires des flottes anglaise et française existant les lacs.

À la suite de l’achat de Toronto en 1787, sur l’ordre du gouverneur en chef Lord Dorchester, l’arpenteur adjoint Alexander Aitken a terminé en août 1788 une carte de Toronto montrant les limites de l’achat de la Grande-Bretagne aux Mississaugas de la «rivière Tobicoak» (ruisseau Etobicoke) à la bordure occidentale des «hautes terres» (Scarborough Bluffs). Sur sa carte à grande échelle, l’île est représentée comme la péninsule « Sandy Beach » avec des marais à l’est et les limites d’une petite ville sur la rive nord du port.

La même année, lors de ses levés de reconnaissance militaire sur les Grands Lacs, le capitaine Gother Mann, un officier des « Royal Engineers » a produit un plan basé sur la carte d’Aitken intitulé « Plan of Proposed Torento » avec la ville et le port proposés par le règlement. Fait à Québec, le 6 décembre 1788, le plan de Mann ressemble à une disposition en canton avec une commune publique au centre et un terrain réservé au gouvernement face à la baie. Mann a fait un sondage sur les ruines du fort Rouille(10) près des rives de la baie pour la construction éventuelle de quais. Un rapport de l’arpenteur général adjoint John Collins accompagnant le plan indiquait que la faible profondeur de la rive nord rendrait impraticable l’érection de quais ou pontons et que les navires auraient de la difficulté à quitter le port à cause des vents dominants d’ouest.

Bien qu’il ait lu ou non le rapport de John Collins, cela n’a pas dissuadé Simcoe d’établir Toronto selon le plan de Gother Mann. Aujourd’hui, la majorité des marins utilise le passage ouest pour sortir du port de Toronto, il est évident que le sondage de Bouchette et la détermination du gouverneur Simcoe ont prouvé que John Collins avait tort.

The Survey Vessels

En dessinant le plan du port de Toronto, Joseph Bouchette témoigne d’un passage dominant non seulement dans ses remarques du port mais aussi dans son illustration d’une goélette à l’ancre à l’extrémité nord-est de la baie. Un examen approfondi nous montre que la grand-voile de la goélette est partiellement hissée, soit une technique d’ancrage utilisée pour maintenir la tête du navire au vent tout en maintenant une contrainte uniforme sur le sol. Le fanion arrière est rouge tel qu’utilisé par la flotte britannique entre les années 1707 et 1864. Le mât principal arbore une grande banderole à queue d’aronde. La grande banderole servait non seulement à l’identification des navires, mais aussi au des officiers supérieurs. La goélette l’Onondaga représentée ici est plus petite et ne dispose d’aucune voile carrée à son mât principal. Elle est censée être une goélette armée appelée «l’ours».

Le coarsesail yard de la goélette, un longeron normalement croisé au haut du mât avant semble avoir été abaissé, peut-être pour réduire l’effet du vent ou comme mât de charge. Un bateau qui semble être une chaloupe de sondage est attaché à l’arrière de la goélette. Ian Morgan, notre consultant et constructeur, a déterminé qu’une chaloupe ouverte telle que représentée transportait normalement son gréement, deux ou trois jeux de rames et qu’il fallait être très compétent pour s’attaquer aux tâches en eau libre. La chaloupe représentée par Bouchette montre les deux derniers traits; deux ensembles d’erseaux et une grande tige. La réplique construite aura une longueur de 7 mètres (23 pieds) (à l’exclusion du beaupré), une largeur de 2,3 mètres (7,5 pieds) et sa plate-forme sera de 5,5 mètres (18 pieds).

En conclusion

The launch will be an interpretive tool, used to address the events leading up to and after the founding of Toronto and their effect on the early development of Canada. We feel this Heritage Hydrographic Launch Project will be an educational and inspirational experience for our Members and the Canadian public, especially the generations to come.

La période 1991-1993 a été désignée «les années du patrimoine» en Ontario. C’était un moment opportun pour donner au public une plus grande appréciation du rôle joué par l’hydrographie et la cartographie dans l’histoire du Canada. La véritable valeur de ce projet est sa capacité à faire vivre notre histoire canadienne. Pour la plupart des gens, en particulier nos enfants, l’histoire est une question de livres, d’ordinateurs et les tendances futuristes d’aujourd’hui font que le patrimoine est souvent négligé. À titre d’exemple, le récent 200e anniversaire de l’établissement du Haut-Canada, aujourd’hui l’Ontario, n’a suscité que peu d’intérêt.

L’embarcation est un outil d’interprétation utilisé pour aborder les événements menant avant et après la fondation de Toronto et leurs effets sur le développement précoce du Canada. Nous estimons que ce projet d’embarcation hydrographique patrimoniale est une expérience éducative et inspirante pour nos membres et le public canadien, en particulier les générations à venir.

Notes

  1. Jean-BaptisteBouchette is noted for saving the life of Sir GuyCarletonduring action in the American Revolution at Montreal, 1775.
  2. The Provincial Marine was a naval militia charged with the exclusive purpose of ship building and transportation for the province.
  3. Officially known as the CanadaAct,31 George III,cap. 31.
  4. Edith G.Firth,ed.,The Town of York 1793-1815,A Collection of Documents of Early Toronto. (Toronto: University of Toronto Press for the Champlain Society, 1962), p. 3.
  5. Joseph Bouchette,Plan of Toronto Harbour, City of Toronto Archives.
  6. The Hydrographic Office of The Admiralty was instituted in 1795 for the collection and production of navigational charts and sailing directions.
  7. Joseph Bouchette, The British Dominions in North America(London 1831), p.8
  8. Jean-Baptiste Rousseau, the son of coureur de bois Jean Bonaventure had residedat the mouth of the Humber River, for many years prior to Simcoe’s arrival. Rousseau, as well as being a successful fur trader, worked for the British government as an interpreter and as the settlement at York began, operated a small mercantile.
  9. Richard A. Preston, ed., Kingston Before The War of 1812, A Collection of Documents. (Toronto: University of Toronto Press for the Champlain Society, 1959), p. 228.
  10. The surrender of Fort Niagara to British forces in July 1758 signalled the end of Fort Rouille. Before retreating to Montreal, the French garrison burned the Fort to the ground.